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L'inquisition : Torquemada et l'Inquisition espagnole

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«  Il s’agissait de savoir s’il y aurait encore une nation espagnole, si le Judaïsme et l’islamisme se partageraient ces riches provinces ; si la superstition, le despotisme et la barbarie remporteraient encore cette épouvantable victoire sur le genre humain. » Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole ., page 7

Audience du tribunal de l'inquisition
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Audience du tribunal de l'inquisition
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Cet article est le quatrième du dossier Inquisition publié sous le pseudonyme d’Yves Leclerc dans le n° 4 de L’Histoire des guerres de religions (juillet, aout, septembre 2013).

Torquemada et l'Inquisition piliers de la monarchie confessionelle espagnole

C’est un pape tolérant, Sixte IV, qui autorise la plus intransigeante des répressions pour combattre l’hérésie. Le 1er novembre 1478, par la bulle Exigit sinceræ devotionis(1), il institue l’Inquisition espagnole à qui le premier Grand Inquisiteur donnera la plus atroce des réputations.
Sixte IV (1471-1484), un pape éclairé règne sur l’Église. Sa formation franciscaine et universitaire en fait un ami des arts et des cultures latine, grecque et hébraïque. D’ailleurs, il renflouera la première imprimerie romaine et subventionnera même l’impression de livres en hébreu. Ce libéralisme et ses positions théologiques platoniciennes lui valent d’être considéré comme un pape corrompu par la plupart des catholiques (Lire l’encadré : La bonne et la mauvaise réputation de Sixte IV)
Pourtant, c’est lui qui en réponse à une lettre des souverains espagnols, et probablement sous la pression (voir encadré Le pape Sixte IV manipulé !), promulgue la bulle Exigit sinceræ devotionis (1er novembre 1478). Cette bulle donne naissance à l’Inquisition espagnole(2) qui durera jusqu’en 1834. Tomás de Torquemada (1420-1498) est le premier Grand Inquisiteur d’Espagne et donne sa forme définitive à cette institution.
 
Le pape manipulé ?
« Sixte IV assura, peu de temps après, que la bulle de confirmation de l’Inquisition espagnole lui avait été arrachée subrepticement ; que le plan des souverains ne lui avait été communiqué qu’en termes vagues, et qu’il s’en était fait ainsi une fausse idée ; qu’il avait donc confirmé par erreur ce projet, qu’il reconnaissait maintenant être contraire aux décrets des Saints-Pères et à la pratique générale. » (Note concernant la bulle du 29 janvier 1482 in Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, par le comte Joseph de Maistre, Lyon, 1837).

L'autodafé
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L’Espagne redevient « très catholique » après sept siècles de domination musulmane

La « Reconquista » de la péninsule ibérique commence au VIIIe siècle. Mais c’est Isabelle Ire dite la Catholique, reine d’Espagne (1474-1504), et son époux Ferdinand II roi d’Aragon et de Castille qui par mariage (1474 -1504) devient Ferdinand V alias le Catholique, qui achèvent cette guerre sainte destinée à chasser les musulmans. Il leur reste à conquérir le royaume de Grenade qu’ils prendront en 1492. Dans une lettre au pape, ils font part de leurs préoccupations. Ils veulent réprimer les prosélytismes musulman et juif, ainsi que l’apostasie(3) fréquente chez les nouveaux convertis.
Il serait anachronique de réprouver leurs désirs au nom de la liberté d’opinion. À l’époque, le concept n’existe pas. Et sous l’autorité musulmane, les chrétiens et les juifs ont survécu avec le statut juridique inférieur de dhimmi. Quant à l’apostasie des nouveaux convertis, elle est, en islam, sanctionnée par la peine de mort et aucune possibilité de réconciliation n’est offerte à l’apostat. Même si Ferdinand III, roi de Castille de 1217 à 1230 puis roi de Castille et de León de 1230 à 1252, s’était proclamé « roi des trois religions », son acharnement à combattre l’envahisseur musulman est tel qu’il sera canonisé en 1671.


De bonnes raisons de satisfaire les souverains espagnols

Isabelle et son mari demandent au pape, et à travers lui l’Église, ce que tous les autres souverains de l’Europe chrétienne refusent ou combattent plus ou moins ouvertement : un renforcement de l’inquisition. Comment pourrait-il refuser ?
Par ailleurs, les musulmans d’Espagne sont affaiblis, mais la puissance turque est un danger permanent pour toute l’Europe (les Turcs mettront à sac la ville italienne d’Otrante en 1482). Grenade, le dernier bastion de l’islam en Espagne, peut devenir d’un jour à l’autre la tête de pont de l’Empire ottoman dans la péninsule ibérique. L’émir de Grenade a prêté le serment d’allégeance à Ferdinand III en 1246, mais l’un de ses descendants peut le rompre et appeler au djihad et à la reconquête avec l’appui de l’Empire ottoman.
La reconquête de ce territoire est donc une urgence géostratégique tant pour l’Église et l’Europe chrétiennes que pour l’Espagne. De même, le prosélytisme musulman ou l’apostasie de musulmans fraîchement convertis est une inquiétude légitime de la part de souverains catholiques, à une époque où l’Empire ottoman mène le djihad en Europe. Sixte IV n’est pas indifférent à ces impératifs. Il fera même armer une flotte de galères pour combattre les Turcs. Il ne dut pas être difficile de le convaincre de la nécessité de lutter contre l’apostasie en Espagne.

La bonne et la mauvaise réputation de Sixte IV
Avant son élection, Francesco della Rovere a la réputation d’être un saint. Après, ses contemporains lui reprochent des origines plus ou moins modestes (encore aujourd’hui, il est né selon les uns de « parents pauvres » ou fils d’artisan aisé selon les autres). Il n’appartient pas à l’un des puissants clans italiens et ne peut faire confiance qu’à sa famille. Il s’appuie donc sur ses nombreux neveux auxquels il confie des postes clés.
On parle à son propos de népotisme effréné. On l’accuse même de voler l’Église et de distribuer à ses neveux le trésor de Paul II (réputé avare, mais qui organisait de grandes et coûteuses fêtes populaires). Certains ont prétendu qu’il aurait voulu créer une dynastie. Les mêmes qui lui reprochent ses origines modestes l’accusent de s’être fait élire par simonie. Dans ce but, son neveu Pietro Riario aurait fait de somptueux cadeaux au duc de Milan (avec quels fonds ?) et promis des postes aux cardinaux les plus influents…
On le blâme aussi d’avoir taxé les prostituées de Rome plutôt que de leur interdire la ville comme l’avaient fait ses prédécesseurs… Mais les interdictions étaient sans effet et le Saint-Siège très endetté ! Il aurait même, d’après certains historiens, commandité le meurtre de Julien de Médicis dans la cathédrale de Florence le 26 avril 1478… On lui reproche enfin ses grands travaux dans Rome, y compris la reconstruction de la chapelle Palatine qui portera son nom : chapelle Sixtine.
En supposant qu’elles soient justifiées, les seules accusations pour lesquelles les faits historiques sont établis sont les grands travaux, le népotisme et l’impôt du péché. Pour le reste, rien n’est certain.
Pour plus de détails, lire, sur ce site web, notre article traitant du pontificat de Sixte IV.


L’Espagne devient une monarchie confessionnelle

La bulle de Sixte IV autorise les souverains espagnols à nommer des Inquisiteurs, le pape se contentant de valider ces nominations. Les souverains en nomment donc cinq, constituant le « Conseil Suprême de l’Inquisition » (surnommé La Suprema), et placent à sa tête Tomás de Torquemada (1420-1498). C’est un conseil dont le rôle politique dépasse largement la mission répressive, car avec Isabelle et Ferdinand, la monarchie espagnole devient une royauté confessionnelle. Le souverain se soumet ostensiblement au pouvoir religieux et y assujettit l’État. Il fait de la confession religieuse un des fondements de l’organisation sociale et de son propre pouvoir. Cependant, ainsi lié au religieux, il ne peut tolérer la cohabitation de plusieurs confessions dans ses États sous peine de voir son autorité considérablement réduite, voire annihilée.
Dans ces conditions, son intolérance devient une source de son propre pouvoir
(4). C’est le choix délibéré d’Isabelle et de Ferdinand. Ils confèrent à Tomás de Torquemada le titre d’Inquisiteur général et lui donnent pratiquement tous les pouvoirs pour organiser l’institution. En effet, l’Inquisition à cette époque existe en Aragon, mais il n’y a pas d’Inquisiteur en Castille. C’est donc Torquemada qui s’inspirant du Directorium inquisitorum (Directives aux inquisiteurs) de l’Inquisiteur dominicain Nicolas Eymerich (v. 1320-1399), crée l’Inquisition espagnole(5). Il est certainement l’auteur de la formule originale : « Vu par nous, les Inquisiteurs de la dépravation hérétique et de l’apostasie... » Cette phrase apparaît dans tous les procès archivés. Pour l’instant en effet, l’apostasie est la grande préoccupation et le restera jusqu’en 1609, date de l’expulsion des Morisques(6). Sa cible, ce sont les juifs et les musulmans qui retournent à leur ancienne religion. La fréquence de cette apostasie est à la fois le prétexte et la raison de la création de l’Inquisition espagnole. Par ailleurs, la religion réformée sera entre-temps si rapidement réprimée qu’elle ne pourra se développer dans la péninsule ibérique.

Le premier Inquisiteur général, mais pas le premier Inquisiteur

Avant même de présenter Tomás de Torquemada, il faut préciser qu’une controverse subsiste entre les experts. Les uns veulent que l’inquisition espagnole commence avec la nomination de Torquemada en 1483. Les autres que ce soit avec celle des dominicains Michel Morillo (provincial) et J. Martin (vicaire de l’ordre) le 17 septembre 1480 à Séville. Selon nous, il faut considérer qu’avec ces derniers, l’inquisition commence en Castille et Léon. Le lieu de leur nomination est dû à l’importance de la communauté marrane (juifs convertis) de cette ville et au grand nombre d’apostasies qui s’y produisent, mais leur autorité s’étend sur tout le royaume.
Cependant, l’institution royale et espagnole quant à elle ne commence d’exister qu’avec la nomination de Torquemada comme Inquisiteur général.


Les condamnés portant le san benito
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L’organisation de l’institution

L’Inquisition ne devient réellement une institution espagnole qu’avec les vingt-huit instructions dictées par Torquemada à Séville en 1485, dont onze sont spécifiques à l’Espagne ; les autres étant pratiquement des résumés de passages du manuel de Nicolas Eymerich(5). Ces instructions seront renouvelées après l’adaptation à Valladolid en 1488, puis à Avila en 1498. Notons que sept d’entre elles concernent la gestion des biens saisis grâce auxquels l’Inquisition doit s’autofinancer.
La première instruction impose deux Inquisiteurs à chaque tribunal, ainsi qu’un fiscal (officier de justice chargé du ministère public – source : Trésor de la Langue Française), et ordonne que soient embauchés des employés qui recevront un salaire fixe. La seconde précise que la corruption d’un Inquisiteur ou d’un employé entraîne sa destitution immédiate. La troisième institue à Rome un avocat salarié chargé de représenter l’institution.
On questionne alors les juges pour savoir si le Parlement ne peut pas la « convaincre », c’est-à-dire la condamner sans l’entendre. Ils disent refuser ce genre de procédure et pensent que le Parlement en fera autant. On leur demande alors si cette action serait néanmoins légale. Ils répondent que oui. Cela suffit. On propose au Parlement un bill (projet de loi) en vertu duquel la comtesse de Salisbury, la marquise d’Exeter et deux seigneurs, parents du cardinal Pole, sont condamnés à mort… C’est de cette manière qu’est jugée puis pendue pour haute trahison Elizabeth Barton, la nonne extatique du Kent qui prétendait dans ses révélations que le divorce du roi ferait s’abattre de grands malheurs sur lui et l’Angleterre. Il est vrai que ces évènements se passent sous le règne d’Henri VIII (1509-1547), un tyran comme la France n’en a pas connu.
Parmi les particularités de ces instructions, nous relevons qu’en 1485 il est précisé que les Inquisiteurs doivent être juristes ; la version de 1498 spécifie que l’un des deux « peut être théologien(5) ». Le procureur (le fiscal) et l’Inquisiteur (le juge) ont tous deux accès séparément au Conseil suprême. Il en résulte qu’ils se surveillent mutuellement.
Les juristes ont à leur service un alguazil (fonctionnaire de police) chargé de procéder aux arrestations et un receveur (receptor) chargé de saisir et gérer les biens des condamnés (c’est à cette fonction que Torquemada consacre sept articles). Par la suite, l’alguazil deviendra alguazil major et sera le chef du personnel policier du tribunal. De même, le receveur deviendra juge des biens (juez de bienes) et chef du service de saisie et de gestion des biens.
La plus grande particularité est le Conseil Suprême de l’Inquisition royale dont le nom est généralement abrégé en La Suprême. Il est consultatif et son origine reste impossible à déterminer. L’opinion la plus répandue aujourd’hui est qu’il fut créé en 1488 par ordre verbal des souverains, peut-être sur la sollicitation de Tomás de Torquemada. Tous les tribunaux d’Inquisition d’Espagne dépendent donc directement du seul Inquisiteur général.


Torquemada, confesseur, conseiller royal et inquisiteur
Tomás de Torquemada naît en 1420 à Valladolid (Castille). Il est le neveu du cardinal Juan de Torquemada (1388-1468). Tous deux seraient issus d’une famille de « nouveaux chrétiens » (famille dont un ancêtre juif ou musulman s’est converti au catholicisme). Tomás prend l’habit dominicain et devient, en 1452, prieur du monastère de Santa Cruz à Ségovie. Il occupe cette fonction jusqu’en 1474. Isabelle, Infante de Castille, le choisit comme confesseur. Fonction qu’il occupera également auprès de Ferdinand II d’Aragon et l’un des plus proches conseillers des deux souverains.
 


Le zèle de l’Inquisition espagnole

La papauté n’est pour rien dans l’établissement de cette autorité centrale qui, d’ailleurs, ne peut en aucun cas lui plaire. Ainsi en 1491, le pape Innocent VIII (1484-1492) nomme, de son propre chef, des Inquisiteurs chargés de seconder Torquemada dans sa tâche de plus en plus lourde. Depuis 1488, les tribunaux locaux doivent envoyer une copie certifiée conforme de tous les procès terminés à l’Inquisiteur général pour être examinée soit par lui, soit par les juristes du conseil, soit par des consultants qu’il aura choisis ! On comprend que Torquemada et les cinq membres du conseil n’aient pu suffire, étant donné le nombre de procès entrepris par les tribunaux qui dépendaient de lui.
Si l’on en croit la majorité d’auteurs du XVIIIe et du XIXe siècle, Torquemada montra dans l’accomplissement de son travail un zèle extraordinaire et fit preuve d’une cruauté exceptionnelle. Beaucoup d’entre eux s’appuient sur Histoire critique de l’Inquisition d’Espagne(7) de Juan Antonio Llorente (1756-1823) qui exerça des fonctions importantes au sein de l’Inquisition espagnole de 1789 à 1791. Quand l’armée napoléonienne envahit l’Espagne, il se rallie aux « idées nouvelles »(8) et à Joseph Bonaparte, roi d’Espagne (1808-1813). L’objectivité de Llorente est mise en cause tant par les auteurs catholiques de son temps que par les historiens actuels.

La cruauté de Torquemada : les faits

Il est incontestable que Torquemada poussa les souverains à reprendre la reconquête, tout comme il est à l’origine de leur décision d’expulser les juifs non convertis (le décret de l’Alhambra est l’édit d’expulsion des Juifs, signé le 31 mars 1492). En revanche, on ne peut l’accuser comme l’ont fait de nombreux auteurs(9) d’avoir imaginé le quémadero (le bûcher) de Séville, car il fut érigé en 1582, donc avant qu’il ne devienne Inquisiteur. D’autant que, comme nous l’apprend Llorente, le pouvoir et la responsabilité de faire construire un échafaud relevaient de l’autorité séculière et non de celle des Inquisiteurs.
Cela dit, le fait que l’on ait dû construire un échafaud permanent montre que la peine du feu était appliquée fréquemment. D’ailleurs, bien que Joseph de Maistre (1753-1821), auteur catholique ultramontain, ait contesté la possibilité de construire un tel édifi ce(10), le quémadero est décrit par Andrés Bernáldez (1450-1513)(11), confesseur de l’archevêque de Séville.
Ce n’est pas Torquemada non plus qui a provoqué la bulle de protestation de Sixte IV du 29 janvier 1482, puisqu’il n’était pas encore à cette époque Inquisiteur.
En revanche, on peut affirmer que durant les quinze années où il exerça cette fonction, deux mille personnes environ subirent la peine du feu, quinze mille hérétiques se dénoncèrent et furent réconciliés avec l’Église (mais eurent à accomplir des pénitences). Cela fait néanmoins beaucoup de condamnés à mort, car le but d’un tribunal de l’Inquisition n’est pas de livrer des condamnés au bras séculier, mais de les réconcilier avec la foi catholique.

De bonnes raisons de se méfier du révisionnisme

Selon Karl Joseph von Hefele(12), après avoir tenté d’instituer un appel des jugements de l’Inquisition royale auprès de l’archevêque de Séville, Sixte IV se réserve ces appels par un bref du 2 août 1483. Ce qui explique l’institution par Torquemada d’un avocat au service de l’Inquisition espagnole à Rome. « Dans le même document (le bref), le pape se plaint énergiquement de la trop grande sévérité dont on use en Espagne ; il prend sous sa protection ceux qui renoncent sincèrement à l’hérésie, il s’engage à leur pardonner, lors même que le terme fixé pour le pardon serait expiré, et il recommande aux souverains de laisser à l’avenir ceux qui se repentent, jouir en repos de leurs biens. »(12)
N’en déplaise aux historiens modernes, ces plaintes du pape Sixte IV doivent être comptées à charge, sinon contre Torquemada lui-même, du moins contre l’Inquisition et les souverains espagnols. Si un pape du XVe siècle – qui l’a institué – se plaint, pour ne pas dire plus, de l’excessive rigueur de l’Inquisition espagnole, nous ne pouvons guère accorder notre confiance aux auteurs qui la minimisent.

Les tortures de la « Sainte Inquisition »
L’estrapade (garrueba en espagnol) :
Le prévenu a les mains liées dans le dos, auxquelles on accroche une corde. Il est élevé avec une poulie jusqu’au plafond, puis on le laisse tomber à un demi-pied de la terre. Il en résulte une secousse qui disloque toutes les jointures et lui fait pousser des cris horribles.
L’eau (toca en espagnol) :
Le suspect est allongé sur un banc et on lui fait absorber une grande quantité d’eau jusqu’à distendre le corps. En France, on utilisait un entonnoir de cuir. Les Espagnols auraient perfectionné le procédé : versant l’eau sur un entonnoir de tissu (la toca) posé sur le visage, de façon à ce que le linge s’enfonce profondément dans la gorge. Les descriptions de cette seconde méthode sont nombreuses, mais imprécises. Dans les deux systèmes, un bâton placé en travers du banc empêche le patient d’appuyer sa colonne vertébrale et lui provoque de grandes douleurs.
Le chevalet (potro en espagnol) :
L’accusé est attaché sur un bâti et le bourreau resserre progressivement les liens, ce qui écrase les chairs.
Le feu (fuego en espagnol) :
Les pieds de l’accusé ayant été frottés avec une couenne de lard ou enduits d’huile, on l’allonge sur le sol et le bourreau lui fait griller les pieds à feu vif.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Le juriste italien Ippolito Marsili (1450-1529) en cite quatorze et précise qu’il en a inventé d’autres, telles que : « de faire lécher la plante des pieds du suspect par une chèvre, lui administrer une nourriture très épicée sans boisson, l’empêcher de dormir, etc. » (d’après une note de Michèle Escamilla, Synthèse sur l’Inquisition espagnole et la construction de la monarchie confessionnelle [1478-1561], Éditions du Temps, 2002).
 






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(1) Nécessite une dévotion sincère, le titre d’une bulle se compose des deux ou trois premiers mots
(2) Ce serait, d’après les catholiques ultramontains, la seule décision positive de ce pape.
(3) Dans ce contexte : retour d’un nouveau converti à son ancienne religion.
(4) D’après Michèle Escamilla, Synthèse sur l’Inquisition espagnole et la construction de la monarchie confessionnelle (1478-1561), Éditions du Temps, 2002. L'acheter sur Amazon
(5) Les instructions de Torquemada sont disponibles sur Internet : Cliquez dans la colonne de gauche sur Inquisition.pdf et un abrégé du manuel de Nicolas Eymerich sur gallica.bnf.fr Lire sur le site de la B. N. F.
(6) En 1502, les souverains catholiques ordonnent par un édit aux musulmans de se convertir au catholicisme ou de quitter l’Espagne. Les convertis prennent le nom de Morisques.
(7) Paris, 1818, quatre volumes, disponible sur le site Internet Google Books. Lire le tome 1 Lire le tome 2 Lire le tome 3 Lire le tome 4
(8) Les idées du Siècle des Lumières et de la Révolution française.
(9) En particulier de nombreux auteurs de guides touristiques anglo-saxons.
(10) Joseph de Maistre, Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole, Lyon, 1837. Il se réfère à un récit de voyage anglo-saxon. Lire sur Google Books
(11) Historia de los Reyes católicos, D. Fernando y Da. Isabel, volumes 1 à 2, page 103 Lire sur Google Books
(11) Karl Joseph von Hefele (1809-1893) in Le cardinal Ximenès, Paris, 1856. Lire sur Google Books




Bibliographie
Tous les ouvrages utilisés ont été cité dans les notes.









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