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Les textes et illustrations contenues sur ce site sont protégés par les lois sur le droit d'auteur (sauf indication contraire). Pour citer cet article : Jean-Luc caradeau, www.caradeau.fr, 2016 - La Réforme, ou la foi chrétienne sans le pape et les saints -Article publié sous le pseudonyme de Louis Guerche, dans la revue Les papes et les Saints n° 4 décrivant la naissance et l’expansion du protestantisme en Europe au XVIe siècle à l’occasion de l’année Calvin.
La Réforme, ou la foi chrétienne sans le pape et les saints - - article - French
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La Réforme, ou la foi chrétienne sans le pape et les saints
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«  Tuez les tous Dieu reconnaîtra les siens
attribué à Arnaud Amaury, légat du pape auprès des croisés

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2009 a été instituée Année Calvin pour célébrer les 500 ans de sa naissance à Noyon, en Picardie, le 10 juillet 1509. L'un des principaux fondateurs du protestantisme définit à Genève l’organisation du culte qui servira de modèle à la France et à de nombreux pays. A la suite de Luther, il affirme qu’un bon chrétien peut et doit se passer de la hiérarchie de l’Église, et particulièrement du pape.

Les fondateurs du protestantisme vivent à une époque de mutation, on pourrait même parler de « révolution culturelle ». Les artistes viennent de redécouvrir l’Antiquité. Les grands de ce monde se transforment en mécènes et font œuvrer peintres, sculpteurs, architectes. En littérature et en philosophie, les humanistes affirment la dignité de l’individu, sa capacité à distinguer le bien du mal, par le recours à des qualités humaines universelles, en particulier la rationalité. Ils placent l’homme au centre de son univers, lui accordant des facultés intellectuelles pratiquement illimitées, et prônent la mise à la disposition de tous de l’ensemble des savoirs, même religieux. Ainsi, Érasme (v. 1467-1536) fait imprimer le Nouveau Testament en grec, car sa connaissance de cette langue l’a convaincu que certains passages étaient mal traduits. Il en réalise aussi une traduction latine pour permettre à chacun de constater les différences avec le texte de la Vulgate, la seule Bible en latin reconnue par l’Église catholique. Parmi les humanistes, des idées de tolérance, d’internationalisme, de pacifisme circulent. Grâce à l’Académie platonicienne de Florence, fondée par Cosme de Médicis (1389-1464), à laquelle participent Marsile Ficin (1433-1499) et Pic de la Mirandole (1463-1494), les traductions latines des œuvres de Platon sont maintenant disponibles dans toute l’Europe. En France, François Ier (1515-1547) favorise le développement de cette philosophie en créant le Collège des lecteurs royaux ou l’on enseigne le grec, le latin et l’hébreu. Quand Jean de Médicis, fils de Laurent le Magnifique, est élu pape sous le nom de Léon X (1513-1521), il importe à Rome l’esprit de la Renaissance que sa famille a favorisé à Florence, tout comme son cousin, Clément VII, qui lui succédera de 1523 à 1534. Amplifiant les travaux de Jules II (1503-1513), il va rapidement vider les caisses du Vatican. Pour financer la reconstruction de la basilique Saint-Pierre, il intensifie le commerce des indulgences(1) (étendues jusqu’aux morts) dans plusieurs pays et, en particulier, conclut un accord avec Albrecht de Brandebourg (évêque de Magdebourg et de Mayence) qui charge te dominicain Jean Tetzel (1455-1519) de prêcher dans toutes les églises de son diocèse pour les vendre. Ce qui va mettre le feu aux poudres.
L’idée de réforme était dans l’air. Jules II, dans le but de répondre au concile schismatique de Pise-Milan(2), convoque en 1512 le cinquième concile du Latran, que son successeur, Léon X, clôturera le 16 mars 1517. Le concile note les abus auxquels il est urgent de remédier (la corruption dans l’Église est alors peut-être pire qu’au Moyen Âge), crée une commission de réforme, renforce la législation existante mais ne met pas en place les moyens de l’appliquer. Les philosophes, les humanistes ont publié de nombreux ouvrages proposant des réformes ou dénonçant des abus. L’éternel conflit entre les papes et les souverains n’est pas éteint et François Ier réussit à imposer àLéon X le concordat de Bologne (1516) qui restitue au roi de France le privilège de nommer les titulaires de toutes les charges ecclésiastiques majeures. L’Église de France retrouve ainsi, par rapport à Rome, l’autonomie dont elle jouissait sous Hugues Capet (987-996)(3).

Luther, le moine ascétique qui défie les souverains pontifes de la famille Médicis

Martin Luther naît à Eisleben (Thuringe) le 10 novembre 1483. Il obtient une maîtrise de droit à l’université d’Erfurt en 1505. La même année, confronté à un violent orage, il prie sainte Anne et lui promet de se faire moine s’il survit. Il entre ainsi chez les augustins(4). Il obtient son doctorat de théologie en 1512. On lui confie la chaire d’enseignement biblique à Wittenberg, puis celle de prédicateur de l’église locale en 1514
En 1517, il entend un prêche de Jean Tetzelet écrit à Albrecht de Brandebourg une lettre lui demandant de ne pas cautionner la vente des indulgences. Il joint à sa lettre un document exposant quatre-vingt-quinze thèses qui contiennent déjà en germe la doctrine de la Réforme. En particulier, il s’attaque au pouvoir spirituel du pape : « Le Pape ne veut et ne peut remettre d’autres peines que celles qu’il a imposées lui-même » (thèse 5)(5). Il précise également : « La mort délie de tout ; les mourants sont déjà morts aux lois canoniques, et celles-ci ne les atteignent plus » (thèse 13), et il conclut : « Le Pape ne saurait remettre aux âmes du Purgatoire d’autres peines que celles qu’elles auraient dû souffrir dans cette vie en vertu des canons » (thèse 22). Enfin, il pose une grande question : « Pourquoi le Pape ne -délivre-t-il pas d’un seul coup toutes les ' âmes du Purgatoire [...] par sainte charité, par compassion pour leurs souffrances, tandis qu’il en délivre à l’infini pour le motif le plus futile, pour un argent indigne, pour la construction de sa basilique ? » (thèse 82). Il nie aussi, non la hiérarchie cléricale, mais la hiérarchie des pouvoirs spirituels qui lui est associée : « Le même pouvoir que le Pape peut avoir, en général, sur le Purgatoire, chaque évêque le possède en particulier dans son diocèse, chaque pasteur dans sa paroisse » (thèse 25).
Il écrira plus tard(6) que tout chrétien baptisé « peut se vanter d’être déjà consacré prêtre, évêque et pape, encore qu’il ne convienne pas à tout un chacun d’exercer de telles fonctions ».
La réaction du pape ne se fait pas attendre : le 15 juin 1520, Léon X, en réponse aux quatre-vingt-quinze thèses et autres écrits qui s’opposent au pouvoir du Saint-Siège, publie Exsurge domine qui commence par ces mots : « Lève-toi Seigneur, car un renard ravage ta vigne. » Le renard, c’est Luther. Cette bulle condamne ses thèses et lui ordonne de se rétracter. Le 10 décembre, celui-ci brûle publiquement le texte de la bulle et ses livres de droit canonique. La Réforme est née.
Le 3 janvier 1521, Léon X publie la bulle Decet romanum pontificem qui excommunie Luther. En mai, Luther est convoqué devant la diète réunie à Worms. L’empereur et le légat du pape lui demandent de se rétracter. Il refuse. Le 2 mai, Charles Quint (1519-1556) publie l’édit de Worms qui met Martin Luther au ban de l’Empire.
Les positions de Luther
Il n’existe pas de hiérarchie des pouvoirs spirituels reflétant la hiérarchie ecclésiastique -d’où la négation de tous les sacrements (sauf le baptême et l'eucharistie), ainsi que de la transsubstantiation* - mais pas de la présence réelle.
Il nie le pouvoir de l’Église sur les âmes des morts, ce qui le conduit à rejeter la canonisation et l’intercession des saints, ainsi que le dogme du purgatoire. Les réformés ne prient pas pour les âmes des défunts,
Il nie l’autorité du pape et l’infaillibilité des conciles.
Il rejette le culte des saints, en particulier celui de la Vierge
La suprême autorité en matière de religion, ce sont « les Saintes Écritures » que chaque fidèle peut, aidé par la grâce, examiner et comprendre de son propre chef.
Les souverains sont mandatés par Dieu et par lui seul.
La foi est plus importante que les œuvres car seule la grâce sauve l’homme totalement corrompu par le péché originel.
* Il nie le pouvoir de consécration.
L’empereur et le pape
Luther trouve très rapidement une audience. Des réformateurs plus radicaux que lui se manifestent et lui reprochent sa tiédeur, d’autres, comme le théologien Érasme, son manque de modération. Il trouve aussi le soutien de nombreux membres du clergé allemand (y compris des évêques) et des appuis politiques dont celui de Frédéric III le Sage, électeur de Saxe (1486-1525) qui le cache dans son château de la Wartbourg. Il y passe un an sous le nom de chevalier Georges(7) et en profite pour traduire le Nouveau Testament en allemand, afin que chacun puisse le lire. Il durcit aussi ses positions et déclare que les vœux monastiques sont contraires à l’Évangile et à la libertéchrétienne. Pendant ce séjour, le mouvement réformé lui échappe et se radicalise. Andréas Carlstadt (1486-1541)(8), à Wittem-berg (Saxe), donne la communion sous les deux espèces (pain et vin), fait remettre les biens conventuels à l’assistance publique, puisque les religieux, influencés par la Réforme, se marient. L’iconoclastie (lire l’encadré sur Ulrich Zwingli) fait des ravages : les autels latéraux et les statues sont brisés, les tableaux sont brûlés. Non seulement la réforme progresse rapidement, mais elle se divise en de nombreux mouvements(9). Un de ces groupes prône une révolution sociale : une société conforme à l’Évangile et la communauté des biens(10).
Ulrich Zwingli, le chapelain du Saint-Siège contre le souverain pontife
Ulrich Zwingli (1484-1531), étudie la Bible, indépendamment de Martin Luther et en tire des conclusions analogues. Aumônier des troupes papales suisses à la bataille de Marignan, particulièrement meurtrière, il est choqué par les ventes d’indulgences plénières. Il renonce à sa pension de chapelain du Saint-Siège et prêche la Réforme qu’il fait adopter, en 1523 par le canton de Zürich, puis qu’il impose, par la diplomatie et les armes, à l’ensemble de la Suisse alémanique. Selon lui, tout ce qui n’est pas littéralement enseigné dans l’Écriture doit être aboli. C’est donc un grand ennemi de la « mariolâtrie » et du culte des images. Il meurt, à 47 ans, blessé lors de l’attaque de Zurich par les cantons catholiques, puis achevé d’un coup d’épée après avoir refusé de se confesser. Zwingli, Calvin et bien d’autres penseurs protestants ont considéré l’adoration des images religieuses, particulièrement celles des saints, comme une hérésie (voire une manifestation de superstition ou de paganisme). Ils encouragent la destruction des portraits de saints et de saintes, des statues, des reliques et des retables. Les premières destructions ont lieu à Zurich (1523), Copenhague (1530), Genève (1535) et Augsbourg (1537). En France, elles sont sporadiques jusqu’en 1562 (première guerre de religion) où elles deviennent systématiques dans les villes prises par les protestants.

Ces mouvements populaires inquiètent Charles Quint, mais il est mobilisé par la guerre contre François Ier jusqu’en 1529. Entre-temps, une révolte des paysans se développe, de 1524 à 1526. Luther la condamne en 1525 et réclame une répression impitoyable. En 1526, la ligue deTorgau regroupe l’ensemble des princes favorables à la Réforme(11). Luther confie aux princes de la ligue, par l’intermédiaire de commissions composées de fonctionnaires et de théologiens, le soin de l’enseignement, de l’administration des sacrements et du respect de la morale. Ce procédé revient à créer une religion d’État, d’autant qu’aucune faction dissidente n’est tolérée. La division religieuse de l’Allemagne se met en place et l’empereur sera contraint de l’entériner pour maintenir l’unité de l’Empire. En 1526, il réunit la diète à Spire et accepte que chaque prince adopte et impose à son peuple la religion de son choix. Mais, en 1529, la situation extérieure de l’Empire s’améliorant, l’empereur revient sur les concessions de 1526. Les membres de la ligue de Torgau protestent avec véhémence, invoquant leur conscience et le salut de leur âme. C’est à la suite de cet épisode que l’ensemble des Églises réformées sera qualifié de « protestantes ». Philippe Ier le Magnanime, landgrave de Hesse (1518-1567), l’un des chefs de la ligue, entreprend d’unifier les terres protestantes et le protestantisme. Cette tentative échoue du fait des divergences entre Zwingli et Luther sur la question de l’eucharistie(12) lors d’une réunion de théologiens protestants organisée à Marbourg. En 1530, l’empereur, décidé à régler la question religieuse, réunit la diète à Aus-bourg. Les protestants défendent trois textes différents : Melanchthon (1497-1560) présente, pour le compte de Luther(13), un credo qui gardera le nom de confession d’Ausbourg. Zwingli propose une profession de foi ; les représentants de Strasbourg, Constance, Lindau et Mem-mingen rédigent un troisième texte, la confession tétrapolitaine. En novembre 1530, Charles Quint rejette les trois textes et somme les protestants de se soumettre à Rome. Malgré leurs divisions, les protestants s’unissent et créent en 1531 la ligue de Smalkalde à laquelle se joignent la Bavière catholique et François Ier(14). L’empereur conclut une trêve et demande à Clément VII (1523-1534) d’organiser un concile afin de réunifier l’Église. Ce dernier n’en fera rien(15). Mais en 1544, après avoir conclu la paix de Crépy avec laFrance, Charles Quint obtient de Paul III (1534-1549) la convocation d’un concile à Trente, ville d’empire, pour le 15 mars 1545. Le concile ne s’ouvre qu’en décembre. Les protestants refusant d’y participer, cette assemblée, convoquée pour réunifier l’Église, ne peut qu’en confirmer la division. Charles Quint se rabat donc sur la voie militaire. Il met les princes à la tête de la ligue de Smalkalde, Philippe de Hesse et Jean-Frédéric de Saxe, au ban de l’Empire et écrase leurs troupes à Mühlberg (24 avril 1547).
Le pape et l’empereur entrent rapidement en conflit à propos du programme du concile. Ils finissent par s’accorder et les sept premières sessions sont consacrées à l’examen du dogme de la Réforme. De nouvelles tensions apparaissant, Léon III prend le prétexte d’une épidémie de typhus pour déplacer le concile à Bologne, en mars 1547, au cœur de sa zone d’influence. Charles Quint réagit en interdisant aux évêques allemands de se rendre à cette huitième session. Le pape est contraint de suspendre le concile. En attendant qu’il se réunisse de nouveau, Charles - héritier des traditions ottoniennes(16) - estime qu’il est de son devoir de régler temporairement la question religieuse. Il réunit à Augsbourg une commission de théologiens qui rédige l’intérim d’Augsbourg, en mai 1548. Ce texte accorde aux protestants la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres. C’est un échec : il mécontente le pape, les protestants et les États catholiques. Le prince électeur Maurice de Saxe (1547-1553), qui - bien que réformé - avait combattu aux côtés de l’empereur à Mühlberg, constitue une alliance contre lui. Il obtient immédiatement le soutien du roi de France Henri II (1547-1559), qui continue ainsi les guerres d’Italie. L’empereur, qui manque d’être fait prisonnier à Innsbruck, signe en août 1552 la paix de Passau. À la suite de cette défaite, il convoque la diète à Augsbourg qui débouche, en septembre 1555, sur un accord, la paix d’Augsbourg. Celle-ci consacre la division religieuse de l’Allemagne, faisant du protestantisme la religion de tous les États dont le prince est protestant (il ne doit y avoir qu’une seule religion par État).
L’enjeu des guerres d’Italie
L’empire s’appelle « Saint Empire romain des nations germaniques » mais ia titulature de l’empereur est « empereur des Romains » et « roi de Germanie ». Rien ne s’oppose donc à ce que « l’empereur des Romains » soit le roi de France (François Ie' fut lors de l’élection le principal rival de Charles Quint). L’élection d’un roi de France entraînerait la réunification de l’empire de Charlemagne et la disparition du Saint Empire romain germanique au profit de l’empire d’Occident. Or la clé de la couronne impériale est la domination de l’Italie, d’où les positions divergentes des papes et les onze guerres d’Italie (1494-1559).


Calvin, le « pape » de Genève

Jean Calvin naît à Noyon (Picardie) le 10 juillet 1509. Son père est procureur fiscal de l’évêque de la ville. Il est pourvu dès l’âge de douze ans de deux bénéfices ecclésiastiques. Il reçoit une formation humaniste, suit des études de lettres et de philosophie aux collèges de la Marche et de Montaigu à Paris, puis de droit à Orléans et à Bourges à partir de 1529.
À la mort de son père, Calvin revient à Paris et se passionne pour les controverses théologiques. Il fréquente des érudits comme le théologien humaniste Jacques Lefèvre d’Étaples (v. 1455-v. 1537), Guillaume Budé(17) ou son cousin Olivétan (premier traducteur de la Bible en français). Il adhère vers 1533 aux idées de la Réforme.
Jusque vers 1523, François Ier se montre relativement tolérant. La sœur du roi, Marguerite d’Angoulême, protège un groupe d’érudits qui se réunit autour de Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux (1516-1534), dont Lefèvre d’Étaples, qui publie en 1523 une traduction du Nouveau Testament en français pour permettre à tous d’avoir accès aux Saintes Écritures. Cependant, en 1521, le parlement de Paris condamne les thèses de Luther. En octobre 1523, Briçonnet interdit les livres de Luther dans son diocèse et renvoie Guillaume Farel (1489-1565), un membre du groupe de Meaux dont les prêches sont trop violents. Ce dernier se convertit au luthéranisme. Le 24 février 1525, François Ier est fait prisonnier à la bataille de Pavie. Le cénacle de Meaux étant privé de la protection du roi, le parlement de Paris l’accuse de répandre les idées luthériennes. Le groupe se disloque. Un de ses membres, Jacques Pauvant(18), est brûlé en place de Grève en 1526.
François Ier, libéré peu après de captivité, fait de Lefèvre d’Étaples le précepteur des enfants royaux. Cependant, ses écrits sont condamnés par les parlements régionaux. Inquiet, il démissionne en 1529 et se réfugie à Nérac (Aquitaine) auprès de Marguerite d’Angoulême, désormais reine de Navarre (1527-1549).

Calvin doit s’enfuir de France

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, des affiches, conçues par le pasteur François-Antoine Marcourt, sont placardées dans les rues de Paris et de nombreuses villes de France. Il en est même posé une sur la porte de la chambre du roi à Amboise.
Ce texte intitulé « Articles véritables sur les horribles, grands et importables abus de la messe papale, inventée directement contre la Sainte Cène de notre Seigneur, seul médiateur et seul Sauveur Jésus-Christ » est une attaque directe, violente, injurieuse envers l’eucharistie et la transsubstantiation(19). Son apposition à la porte de la chambre du souverain est un crime de lèse-majesté, une provocation et un acte qui peut mettre le roi en difficulté sur le plan politique(20). François Ier réagit violemment à « l’affaire des placards ». Il confesse publiquement sa foi catholique et ordonne la persécution des protestants. Les bûchers s’allument dans toute la France et avec eux s’envole l’espoir qu’entretenait le roi de rétablir l’unité religieuse du pays(21).
En 1533, Nicolas Cop, recteur(22) de l’université de Paris, prononce un discours, en partie écrit par Calvin. Il défend les idées réformées et cite plusieurs passages des ouvrages de Luther. Le parlement de Paris le fait arrêter et fait rechercher Calvin qui s’enfuie à Angoulême. C’est là qu’il commence à rédiger son premier ouvrage religieux, Institution de la religion chrétienne. Après l’affaire des placards, il veut fuir à Strasbourg. Pour gagner cette ville d’empire, il doit passer par la Suisse.

La république théocratique de Genève

Calvin et Farel mettent en place la Réforme à Genève. Farel est le chef officiel de l’Église réformée, mais la direction est assurée par Calvin qui exerce aussi les fonctions de professeur de théologie. Il tente d’imposer aux Genevois l’adhésion à une profession de foi qu’il a lui-même rédigée. Et il entend réformer les institutions pour les rendre conformes à sa conception de la société. En janvier 1537, Calvin présente un mémoire au conseil de la ville sur le gouvernement de l’Église et se heurte à l’opposition, pour cause de rigorisme excessif, d’un groupe qu’on appellera plus tard « les libertins ».(23) Cette tentative le fait entrer en conflit avec le Conseil des Deux-Cents (conseil de la ville) et il est banni, ainsi que Farel, le 23 avril 1538. Calvin se rend alors à Strasbourg où il collabore avec l’ancien dominicain rallié à Luther, Martin Bucer (1491-1551), organise des paroisses réformées de langue française (pour les réfugiés français) et élabore la seconde version de son Institution de la religion chrétienne. Il donne aussi des leçons de prédication.
Entre-temps, la situation a changé à Genève, et on lui demande de revenir, ce qu’il fait en 1541. Il organise alors l’Église de Genève. Il instaure quatre ministères : pasteurs, docteurs, anciens et diacres, et institue un consistoire composé de six pasteurs, nommés par leurs pairs, et de douze anciens, élus par le conseil de la ville et le consistoire. Cette assemblée surveille tout ce qui concerne l’Église et la foi, peut prononcer l’excommunication et le pouvoir civil doit faire appliquer ses décisions.
En principe, une nette distinction est établie entre pouvoir civil et ecclésiastique, mais ils restent liés, car les gens d’Église sont juges et censeurs de l’activité de l’État (Calvin ne réussit à imposer cette conception qu’à partir de 1555). De fait, dans ce microcosme qu’est Genève, Calvin réalise le « rêve des papes » : l’autorité de l’Église sur le pouvoir civil.
Son désir d’imposer concrètement un mode de vie évangélique provoque de nombreux conflits avec les citoyens. Des prescriptions tatillonnes réglementent la vie des Genevois. Les infractions sont sévèrement punies et les condamnations à mort sont nombreuses. En particulier, la société genevoise est sans pitié pour les déviations doctrinales en matière religieuse. Mais Calvin n’est pas pour autant un autocrate. Ses prédications seront plus d’une fois censurées par le consistoire. En 1559, il fonde une académie avec trois chaires : grec, hébreu et philosophie. L’Académie de Genève se transforme en lieu de formation pour de nombreux théologiens qui deviennent ensuite eux-mêmes des éléments moteurs de la Réforme dans leurs pays respectifs.
Michel Servet, condamné par l'inquisition catholique et brûlé par la Réforme
Calvin entretint une correspondance avec de nombreux humanistes dont Michel Servet, médecin et théologien d’origine espagnole, installé à Vienne (Dauphiné), qui dans ses ouvrages nie la Trinité. Sa correspondance avec Calvin prend très vite un ton polémique. Calvin ne le dénonce pas à l’inquisition, mais il confie ses lettres à un Genevois, Guillaume de Trie, qui les transmet à un cousin lyonnais, lequel les remet à l’inquisition. Condamné au bûcher, Servet s’évade et se réfugie à Genève, où il a des défenseurs parmi les ennemis de Calvin. Mais il y est finalement arrêté et brûlé le 27 octobre 1553. Bien qu’étant une république protestante, Genève a un gouvernement aussi rigoureux qu’une monarchie catholique.

Calvin et la France

Calvin finit sa vie en Suisse mais ne perdra jamais de vue la France. De Genève, il entretient une correspondance suivie avec les principaux chefs du parti huguenot, dont le prince Louis de Condé et le maréchal Gaspard de Coligny. Il s’occupe aussi du financement des troupes protestantes et écrit une lettre aux fidèles du Languedoc pour leur demander des subsides. Son but est, dans un premier temps, d’obtenir la liberté religieuse pour les fidèles de la religion réformée, puis, une fois qu’il disposera de forces organisées, de conquérir le pouvoir pour imposer comme religion d’État la religion que Dieu lui a donné mission de répandre. Sa vision n’est pas seulement française, elle est européenne, et peut-être même mondiale. De nombreux théologiens, dont John Knox (v. 1513-1572), viennent étudier à l’Académie de Genève dans le but de créer dans leur pays une Église protestante calquée sur celle de Genève. Le succès de John Knox, fondateur de l’Église presbytérienne écossaise, qui obtient le 17 août 1560 l’adoption par le parlement d’une « profession de foi écossaise » et l’abolition du catholicisme, puis le 27 janvier 1561 l’instauration du protestantisme comme religion d’État, devait le conforter dans l’idée que Dieu approuvait son action. Charles Quint, puis Ferdinand Ier (1556 -1564) voulaient que te concile général de Trente fût celui de la réconciliation entre protestants et catholiques. Il fut au contraire la consécration de la division du christianisme.

Le concile de Trente entérine la séparation du catholicisme et du protestantisme

Sur le plan de la doctrine, ses principales délibérations furent de :
  • - redéfinir le canon des Écritures avec inclusion officielle de nouveaux livres pour l’Ancien Testament (livres deutérocanoniques(24), donnant ainsi aux catholiques une Bible différente de celle des protestants ;
  • - préciser le rapport Écritures-Tradition, en affirmant que l’interprétation des Écritures saintes doit rester dans le cadre de la Tradition de l’Église(25). En conséquence, le concile interdit au fidèle catholique d’étudier les Écritures sans l’assistance d’un prêtre et condamne toutes les traductions de la Bible en langue vulgaire ;
  • - affirmer et préciser les dogmes du péché originel, du salut de l’âme, du purgatoire (dont l’existence est niée par les réformés), de la grâce et du libre arbitre de l’homme (niant ta prédestination prônée par les protestants et affirmant l’importance tant de la foi que des œuvres) ;
  • - réaffirmer la doctrine des sacrements (qui sont fixés à sept(26)) ;
  • - confirmer le dogme de la transsubstantiation.
Au cours de la session XXV, le concile proclame que le pouvoir des indulgences a été accordé de tous temps à l’Église et l’anathème est jeté sur quiconque en mettra en doute l’efficacité ou prétendra que i l’Église n’a pas le droit de les donner.
Cela revenait à condamner point par point tous les dogmes de la religion réformée. Il en fut de même en matière de discipline : le concile renforce la discipline ecclésiastique dans tous les domaines, et, seule : concession aux protestants, abolit la fonction de quêteur. En ce qui concerne les « mauvais livres », étant donné leur grand ; nombre, le concile confie au pape la responsabilité de les examiner et de prendre, les mesures qui s’imposent, ce qui entraînera la publication du premier index par Paul IV, puis la création par Pie V (1566-1572) de la Congrégation de l’index, qui condamnera de nombreux ouvrages et presque toutes les traductions de la Bible en langue vulgaire.
Enfin, un appel pressant est lancé aux princes catholiques pour qu’ils fassent appliquer dans leur royaume les décrets du concile.








(1) Accordée par l’Église, l’indulgence est une rémission totale (indulgence plénière) ou partielle (indulgence partielle) des peines temporelles dues pour les péchés déjà pardonnés (années de purgatoire).
(2) Le concile de Pise-Milan (Pise, 1511-Milan, 1512) convoqué par Louis XII (1498-1515), déposa Jules II pour divers motifs dont la sodomie. Le conflit portait en fait sur les libertés de l’Église gallicane. Les prélats quittèrent ensuite Milan pour Lyon où ils voulurent continuer leur concile, mais sans succès. En 1517, ils furent contraints de présenter leurs excuses au pape.
(3) Le roi de France est « empereur en son pays » et François Ier obtient de fait La restitution du privilège impérial (le privilège ottonien) sur les terres de son royaume. Pour que les bulles papales soient applicables en France, elles doivent être approuvées par le parlement de Paris sur requête du roi. Ce concordat restera en vigueur jusqu’à la Révolution.
(4) Les augustins se vouent essentiellement à la prédication, rivalisant en ce domaine avec les dominicains.
(5) Cela implique la négation du pouvoir de « lier et de délier » affirmé au cours de la cérémonie du sacre des évêques :« Ce que tu as lié sur la terre sera lié dans les cieux, ce que tu as délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
(6) En 1520, il publie trois ouvrages appelés les grands écrits de la Réformation : À la noblesse chrétienne de la nation allemande (août 1520), La Captivité babylonienne de l’Église (octobre 1520), De la liberté du chrétien, envoyé au pape le 20 octobre 1520.
(7) Étant au ban de l’empire, tout sujet de l’empereur a le droit de l’abattre à vue.
(8) Andréas Carlstadt fait ses études de théologie et de philosophie aux universités d’Erfurt (1499) et de Cologne (1500). Professeur de théologie à l’université de Wittemberg, il prend parti pour Luther, attaque Rome et devient un ardent réformateur.
(9) Venus de Zwickau (Allemagne), des prédicateurs prétendent être mieux guidés par l’inspiration divine que par les Écritures. Dans leur suite, les anabaptistes refusent le baptême des enfants. Ce courant sera désavoué par Luther, puis par Calvin et le consistoire de la ville de Genève.
(10) Le principal théoricien de cette tendance fut Thomas Münzer (v. 1489-1525), qui tira parti de la révolte des paysans allemands pour diffuser ses idées. Engels, Marx, Kautsky verront en lui le premier communiste, mais un communiste chrétien.
(11) C’est la réponse aux ligues de Ratisbonne (1524) et de Dessau (1525) où les princes catholiques jurent dese porter assistance en cas de conflit avec des États luthériens. Elle est fondée par Jean Ier le Constant, prince électeur de Saxe, et Philippe de Hesse. Les princes se promettent assistance en cas de conflit avec des États catholiques, tout en déclarant leur obéissance à l’empereur.
(12) Zwingli nie la présence réelle du Christ et fait de la communion comme du baptême des actes purement commémoratifs.
(13) C’est Melanchthon qui rédige la confession, en accord avec Luther qui ne peut pas participer à la diète, étant toujours au ban de l’Empire. Luther remarquera par la suite que le texte présente un côté irénique (tolérant) qu’il n’avait pas souhaité, mais à l’époque les deux réformateurs n’ont pas conscience de leurs divergences.
(14) Le roi de France soutient tout ce qui peu amoindrir la puissance de Charles Quint, y compris parfois les Turcs.
(15) L’époque étant marquée par la rivalité entre Charles Quint et François Ier pour la domination de l’Italie, Clément V, neveu de Laurent le Magnifique, soutient tantôt l’un tantôt l’autre (suivant la fortune des armes). En 1531, il soutient François Ier.
(16) Selon cette tradition qui remonte à Constantin puis à Charlemagne, l’empereur est protecteur de l’Église et « responsable du salut de ses sujets ». Il a donc le devoir d’intervenir dans les affaires religieuses, y compris en ce qui concerne le dogme. Les papes combattent cette tradition depuis la réforme grégorienne (XIe siècle).
(17) (1467-1540), père du Collège des lecteurs royaux fondé en 1530 par François Ier (actuel Collège de France), ou étaient enseignées les langues de l’antiquité, le latin, le grec, l’hébreu. Traducteur de Plutarque.
(18) Ses thèses, décrites dans Histoire de L’Êglise gallicane de Guillaume François Berthier, de la Compagnie de Jésus, (Paris, 1769) étaient très proches de celles de Luther.
(19) Introduction :« J’invoque le ciel et la terre en témoignage de Vérité, contre cette pompeuse et orgueilleuse messe papale, par laquelle le monde (si Dieu bientôt n’y remédie) est et sera totalement ruiné, abîmé, perdu et désolé : quand en [elle] notre Seigneur est si outrageusement blasphémé et le peuple séduit et aveuglé, ce qu’on ne doit plus souffrir ni endurer. »
(20) Ses décisions montrent qu’il est partisan de l’humanisme, courant de pensée suspect pour une grande partie de l’Église.
(21) « Empereur en son pays », à l’instar de Charles Quint, le roi de France estime de son devoir de se préoccuper des affaires religieuses y compris en ce qui concerne le dogme.
(22) À l’époque, le recteur est un jeune enseignant nommé pour six mois, pendant lesquels il préside certaines réunions universitaires.
(23)Certains auteurs affirment qu'il s'agit du paeri catholique qui vient de prendre la majorité au conseil de la ville.
(24) Tobie, Judith, Maccabées I et II, Sagesse, Ecclésiastique.
(25) Constituée par les dogmes, les décisions des conciles, les encycliques des papes passés et présents, de la liturgie en vigueur et des œuvres des Pères de l'Église (par ordre d’autorité).
(26) Le baptême, la confirmation, le mariage, l’ordination, l’eucharistie, la réconciliation (la confession, le repentir et l’absolution), l’onction des malades (appelée parfois à tort extrême-onction).


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