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Monde occulte

Le monde vu à travers l'ésotérisme, site personnel de jean-Luc Caradeau

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Les textes et illustrations contenues sur ce site sont protégés par les lois sur le droit d'auteur (sauf indication contraire). Pour citer cet article : Jean-Luc caradeau, www.caradeau.fr, 2016 - Sociétés initiatiques et voies spirituelles. -Les sociétés initiatiques et les voies spirituelles enseignent, ou plutôt transmettent la même chose sous deux formes différentes. La différenciation entre les unes et les autres est un effet de l'histoire .

Sociétés initiatiques et voies spirituelles.



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«  Tant que la connaissance n’est que par le mental, elle n’est qu’une simple connaissance « par reflet », comme celle des ombres que voient les prisonniers de la caverne symbolique de Platon, donc une connaissance indirecte et tout extérieure ; passer de l’ombre à la réalité, saisie directement en elle-même, c’est proprement passer de l’« extérieur » à l’« intérieur », et aussi, au point de vue où nous nous plaçons plus particulièrement ici, de l’initiation virtuelle à l’initiation effective.  »
René Guenon, Apperçu sur l'initiation

Les sociétés initiatiques sont les héritières et les conservatrices des mystères antiques

Les sciences occultes ne sont ni l'initiation ni la spiritualité. Leur connaissance est néanmoins, quoi qu'en prétendent certains, indispensable au chercheur de vérité, non pas en raison de leurs applications pratiques, mais pour ce qu'elles permettent de comprendre du monde et de soi-même. Il est donc normal que je leur consacre plusieurs "sous espaces".


Deux phénomènes parallèles

L’initiation est semblable à elle-même dans toutes les formes traditionnelles, même si les formes dans lesquelles elle est reçue sont extrêmement différentes. Normalement elle est non pas cachée mais protégée par l’institution religieuse comme l’un de ses trésors. C’était la situation en Égypte, à Babylone et c’était probablement le cas dans les civilisations urbaines de méso Amérique, en dépit des aspects choquants qu’elles peuvent présenter à nos yeux d’occidentaux.
Ce n'est pas parce que par l'on a eu accès au spirituel par l'un des moyens classiques qui en ouvrent la porte : le yoga, la méditation, une initiation, une voie quelconque, car toutes les voies offrent cet accès qu'on saura aller au-delà du premier pas. Ce n'est même pas d'ailleurs, parce que l'on aura suivi scrupuleusement une voie qui offre cet accès qu'il sera obtenu. L'accès au spirituel est une modification d'état de conscience tout comme le sont l'état d'hypnose et l'état de voyance, ou l'état de l'hypno magnétiseur quand il procède à une induction hypnotique, parce que contrairement à celui qui utilise ou croit utiliser la seule suggestion, il provoque volontairement une modification de son état de conscience.

Cette affirmation n’est évidemment pour aucune de ces civilisations un brevet de perfection.
Dans ces civilisations dites polythéistes, le temple est à la fois le lieu de culte, le lieu de tous les apprentissages et le lieu d’initiation.
Il en est probablement de même à Jérusalem, berceau du monothéisme, jusqu’à la destruction du Temple par Titus. Le christianisme, à ses débuts partagea ce fonctionnement (mais sans temple) et le baptême y était une initiation. Même les historiens ecclésiastiques le reconnaissent. Il ne perd ce caractère qu’en devenant une « grande religion populaire » de l’Empire romain puis la religion d’État de ce même empire.
Dans ces civilisations, la religion fut le fait de tous et l’initiation, celui de quelques-uns, tout comme dans le monde hindouiste la croyance et le culte rendu aux nombreux dévas est le lot de tous et la voie, celui de quelques-uns.

L’inde et l’Occident

En inde, la fixation héréditaire des castes (dont on sait qu’elle n’existait pas aux temps védiques), eut pour conséquence le développement de voies (yoga en sanskrit) indépendants de la structure religieuse, parallèlement aux voies qui restèrent au sein du système religieux, ouvertes, en principe, aux seuls brahmanes. Même l’intouchable peut suivre la voie proposée par un guru, et en la suivant il échappe à sa condition. De même que l’homme de caste (aussi basse soit sa caste) échappe aux obligations que cette dernière lui imposait en entrant dans une voie. Le disciple devient un hors castes, mais est respecté par toutes les castes.

En Occident, en Grèce pour être plus précis (car la Grèce est la mère de toutes les civilisations occidentales actuelles), à une époque aussi lointaine et imprécise que celle de la fixation héréditaire des castes en Inde, il semble que l’initiation échappe aux institutions religieuses ou tout simplement disparaît (1). Ceux qui se nommeront eux-mêmes les philosophes iront la chercher hors de la Grèce : en Égypte, en Mésopotamie, en Perse. Ils créeront des écoles « de philosophie » qui se chargeront de transmettre le précieux enseignement et l’initiation qui va avec. Ils seront souvent victimes de l’intolérance des chefs de la société civile ou religieuse. Ainsi, pour ne citer que les plus connus Socrate et Théodore de Cyrène, au siècle de Périclès (IVe avant J.C) à Athènes seront condamnés à boire la ciguë pour des raisons religieuses. Ces philosophes assureront le recrutement de leurs écoles en donnant un enseignement public. C’est ce qu’ils nous ont légué à travers leurs livres.
La Rome que nous connaissons historiquement doit tout à la Grèce et il semble que l’initiation n’y a jamais eu de place officielle. Quelques romains sont allés chercher l’initiation en Grèce, puis à l’époque impériale, se sont installé à Rome des temples des « religions » pratiquées dans les provinces d’Orient (en particulier l’Égypte et la Grèce). Certains philosophes, comme Jamblique seront aussi des prêtres d’Isis ou d’autres divinités orientales.
Evidemment, avec le temple, s’installait à Rome la forme initiatique qui lui correspondait. Il y eut des initiés aux mystères d’Égypte dans la capitale de l’Empire et les loups d’Osiris ont hurlé fans les rues de Rome, comme plus tard des constructeurs initiés ont probablement hurlés près de chantiers de cathédrales.
Ce n’est pas un fait historique, c’est un fait contemporain : dans le jargon propre à son rite un franc-maçon sait que le fils d’un maçon est appelé d’un nom dont la consonance rappelle le mot louveteau. Ce mot est une déformation d’un mot signifiant louveteau en anglais du XIIe siècle, mais n’était utilisé que dans les textes poétiques. Le mot peut bien entendu avoir été apporté par les conquérants normands… Nous n’en dirons pas plus, ne voulant pas contrarier ceux qui croient que ce genre de permanences temporelles ne signifient rien... A propos signalons aux curieux qu’il existe un lien étymologique entre les mots loup et lumière (lukos et luké en grec, lupus et lux en latin) … Les jeux de mots fréquents en grec entre lukos et luké seront imités par certains auteurs latins…

L’Occident après la Rome païenne

En devenant la religion d’état de l’empire, le christianisme devenait aussi l’outil politique de l’empereur qui allait lui demander de jouer le rôle que ne pouvait plus tenir la religion romaine, à savoir : souder le peuple en une nation. Ce fut le mot d’ordre de la dynastie des constantiniens : l’empereur est chrétien, convertissez le peuple, tout le peuple… Avec Théodose, le christianisme devient la seule religion autorisée et donc la religion obligatoire de l’Égypte à la Germanie… Pour y parvenir, l’Église de Rome n’aura officiellement pas de mystères au sens antique du terme. Il n’y aura plus de catéchumènes, puisque le baptême sera donné peu après la naissance et les grades ecclésiastiques cesseront d’être initiatiques.
L’église romaine professera officiellement un christianisme qui vise à unifier les cultures religieuses de tous les peuples de l’empire, à les transformer en une seule communauté. Après la chute de l’Empire, le projet impérial deviendra celui du pape. Les formes initiatiques ne vont pas pour autant disparaître, elles vont se christianiser et survivre à travers des corporations, des confréries et sous bien d’autres formes…
Elles deviendront par la suite pour certaines des sociétés initiatiques pour d’autres de simples sociétés mondaines.

Les formes initiatiques et leur histoire

Une organisation, une société, une association, sont des écorces mortelles. Elles apparaissent, vivent et meurent. Il en fut ainsi par exemple des corporations. L’initiation, elle est éternelle. Pour les divers courants initiatiques l’organisation, l’association, la société ne sont que des domiciles. Ils emménagent, déménagent, abandonnent un logis en ruine pour un plus neuf ou plus adapté. Derrière eux ils laissent des symboles qui deviennent emblèmes, des rites qui deviennent coutumes. Ils se diluent semblent disparaître, pour renaître on ne sait comment. Martinez de Pasqually n’est pas « parti de rien » pour élaborer les rituels cohens ni pour écrire son traité de la réintégration (qui d’ailleurs est truffé de jeux de mots) révélant le vrai sens de son enseignement. On peut en dire autant de Saint Martin. Son énigmatique Crocodile est la clé du reste de son œuvre. On peut affirmer que le martinisme est un courant initiatique très ancien qui a ressurgi sous ce nom au XVVIIIe siècle, c’est un courant de l’ésotérisme judéo-chrétien, mais il est impossible d’identifier historiquement les « logis » qui l’ont abrité dans le passé…
En revanche ceux qui ont réellement intégré le contenu des Leçons de Lyon en lisant par exemple Dante, Robert Fludd ou le Pseudo Denys pourraient bien penser que ces auteurs avaient été initiés dans des courants proche du courant martiniste.
Par ailleurs on peut affirmer que ce courant survit de nos jours… Quand nous parlons d’histoire des sociétés initiatiques, la seule chose qui nous intéresse, et la seule chose qui présente un intérêt en matière initiatique, c’est bien entendu les courants et les formes initiatiques. Pour nous le fait qu’il ait existé une Grande Loge de Londres ne présente d’intérêt que parce qu’elle a permis ou provoqué une ré émergence publique du courant maçonnique dans le monde occidental. De même l’ensemble de l’histoire des diverses puissances maçonniques n’a au point de vue que nous considérons d’importance qu’en raison de l’initiation qui’elles transmettent ou des altérations qu’elles font parfois subir involontairement à cette transmission.

(1) Les œuvres d’Homère et d’Hésiode témoignent probablement d’une époque où la situation était différente.




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